Il n’est pas possible de déterminer exactement dans l’histoire, le moment où l’on décrit la première relation homosexuelle
entre femmes. Mais on connait en 1750 avant Jésus Christ, l’existence en Asie du Sud-est, de sociétés
matriarcales, les Amazones, qui étaient des communautés de femmes.
Le premier texte poétique décrivant une relation féminine date selon les historiens de 2300 ans avant Jésus Christ. Il a été écrit par une femme appelée Enheduanna, fille du roi Sargon d’Akkad qui en fait la grande prêtresse de Nanna, divinité majeure du panthéon
mésopotamien. Dans ce chant écrit en l’honneur d’Inanna, la princesse Enheduanna décrit la beauté et la sensualité de la déesse de l’amour et de la guerre et elle se positionne comme son
épouse.
Mais la première grande poétesse ayant décrit des relations intimes entre femmes fut sans nul doute, Sappho, 600 ans avant Jésus Christ. Elle était cheffe de file d’une communauté de femmes «Thiasos», dans laquelle des femmes étudient la danse, la musique, les
arts. Elle immortalisa la passion amoureuse entre femmes dans ses poèmes. On ne connaît que peu d'éléments sûrs concernant Sappho : en effet, son
amour pour les femmes est clairement lisible dans certains de ses poèmes, ce qui en a empêché la préservation par les scribes chrétiens médiévaux.
l'Ode à l'Aimée de
Sappho
traduite par Théodore Reinach avec la collaboration d'Aimé Puech
"Celui-là me paraît être l'égal des dieux, l'homme qui, assis en face de toi, de tout près,
écoute ta voix si douce
Et ce rire enchanteur, qui je le jure, a fait fondre mon cœur dans ma poitrine ; car, dès que je t'aperçois un instant, il ne m'est plus possible d'articuler une parole ;
Mais ma langue se brise, et, sous ma peau, soudain se glisse un feu subtil ; mes yeux sont sans regard, mes oreilles bourdonnent,
La sueur ruisselle de mon corps, un frisson me saisit toute ; je deviens plus verte que l'herbe, et peu s'en faut, je me sens mourir (ô Agallis ?)
Mais on doit tout oser, puisque..."
Mais continuons notre voyage dans le temps, à la recherche des traces du
lesbianisme. En 200 avant Jésus Christ dans une tribu des Moches au Pérou, on trouve des céramiques décrivant des relations homoérotiques
féminins.
En 914 après Jésus Christ, on trouve dans un texte de théologie, la première
trace écrite du mot lesbienne qui faisait référence à des relations entre femmes.
Sous la Grèce antique et sous l’empire Romain, le lesbianisme était accepté
comme une normalité. A Rome on trouve des bains publics pour les femmes désirant maintenir des contacts sexuels avec d’autres femmes malgré leur mariage.
Mais avec l’expansion du christianisme, les choses vont se gâter pour les
femmes qui osent afficher leur attirance pour d’autres femmes. Saint Thomas, au moyen âge, décrit les relations entre femmes comme une luxure et le lesbianisme est condamné par l’église.
Certaines lesbiennes seront condamnées à mort par l’église pour hérésie et sorcellerie. Les peines encourues étaient excision du clitoris, des seins puis le bûcher pour les
irréductibles.
Dans le concile de Paris en 1212 et le concile de Rouen en 1214, on interdit aux religieuses de dormir en assemblée et on les
oblige à maintenir une lumière allumée afin de mieux surveiller leur addiction pour les femmes. Pourtant au XVIème, XVIIème et XVIIème de nombreux romans et poèmes décrivent les relations sexuelles
entre les religieuses comme par exemple celle de Sœur Bernadette Carlini. C’est à la fin du XVIème siècle que l’écrivain français Pierre de Bourdeille admettait dans ses écrits que les
relations sexuelles entre femmes étaient devenues une mode, mode lancée par une reine de France qui venait d’Italie Catherine de Médicis. Cette reine aurait été à l’origine d’une communauté
de femmes « un bataillon volant », ces dernières préféraient faire l’amour entre elles afin de ne pas tomber enceinte et de préserver leur honneur. Cet écrivain français, Pierre de
Bourdeille, réutilise le terme de lesbienne en référence à Sappho et à l’île de Lesbos où elle vécut.
A la fin du XIXème siècle une nouvelle discipline dans la psychologie apparut la sexologie afin d’étudier les relations sexuelles. Le lesbianisme est alors classé comme pathologique :
perversion sexuelle. C’est à cette époque que l’on commence à voir les stéréotypes décrivant la lesbienne comme une femme masculine. La lesbienne devenait une malade mentale. C’est s’appuyant sur
ces thèses, qu’Hitler pendant la seconde guerre mondiale envoya les lesbiennes au même titre que les prostituées dans les camps de concentration affublées d’un triangle noir de la honte. A cette
époque de nombreuses lesbiennes, ont été hospitalisées en psychiatrie où on leur faisait subir des électrochocs pour les guérir de leur perversion sexuelle. L’influence des psychologues ont
véhiculées dans la population des croyances absurdes concernant les lesbiennes comme la séparation dans deux rôles celui de la femme masculine jouant le rôle de l’homme et du mari dans le couple
et celui de la femme féminine soumise à sa compagne. Dans les années 1920, des campagnes se sont développées pour prévenir des maladies mentales liées au lesbianisme. Beaucoup de femmes se sont
suicidées pour ne pas être assimilées à un malade mental. C’est Magnus Hischfeld qui, dès 1931, tente de démontrer que l’homosexualité est
constitutionnellement déterminée, innée et non modifiable. L’homosexualité a été retirée du manuel diagnostique et statistique des maladies mentales, en 1985 et a été déclassifiée lors du congrès
de 1992, pour tous les états signataires de la Charte de L’OMS.
Malgré tout le XXème siècle voit apparaitre des grands noms du lesbianisme dans l’art, la peinture et bien d’autre domaine comme
Florence Nigtthingale, créatrice d’une école pour les infirmières à Londres, Francisca Marie Souvestre,
directrice d’un internat de filles pareil à celui de Sappho, Romaine Brooks, femme peintre et de lettres ; les auteures comme Renée Vivien, Colette, Virginia Woolf, Nathalie Barney, Marguerite Youcenar et j’en oublie beaucoup ; les artistes comme Greta Garbo, Marlène Dietrich, Isadora Ducan ….. Et n’oublions pas toutes ces lesbiennes comme Elula Perrin qui furent à l’origine des grands mouvements féministes
qui luttèrent corps et diable pour l’égalité et les libertés des femmes dans notre pays. Une pensée également pour Audre
Lorde une auteure américaine engagée contre le racisme, le sexisme et l'homophobie qui mourut d’un cancer du sein en 1992.
De nos jours, la société a évolué quand à l’acceptation du lesbianisme mais la lesbophobie est encore trop puissante
dans le monde du travail comme dans les sphères religieuses qui continuent à dire que le lesbianisme est une perversion sexuelle. Il est important que les lesbiennes connaissent leur culture et
leur histoire pour continuer le combat de leurs pairs afin qu’un jour la différence soit enfin une richesse et que plus une seule lesbienne, au travers le monde, ne soit montrer du doigt ou pire
exécuter à mort.
Anne
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