La vie c'est comme une rivière. Elle prend sa source au flan des collines et se nourrit de la sève de notre bonne mère la terre,
comme le nourrisson au sein de sa mère. Et au fil des rencontres, au fil du temps, le lit s'élargit et le ruisseau grossit. Sur le chemin de cette rivière, cascades de joie et torrents de bonheur
et tout s'accélère. Puis les eaux deviennent calmes, paisibles. Mais les terrains accidentés accélèrent de nouveau le débit de notre rivière puis un barrage. Barrage de nos peurs et de nos doutes,
ouvrez le vannes que je puisse vivre et reprendre ma route. Et la rivière reprend son chemin jonché d'obstacles encore, mais les eaux sont plus fortes. Elle suit sa route toujours et toujours
portée par les flots. Rien ne retient ses gouttes d'eau qui unies dans un même élan regagnent l'océan.
L'océan
n'est-ce pas là vers où nous voulons aller, l'océan du bonheur, l'océan de l'amour. Oh cet océan n'est pas toujours calme, tempêtes, ouragans, flots agités mais il résiste à tout. Car il a compris
que dans la vie tout va et tout revient, qu'après la tempête revient le beau temps, qu'après la pluie le soleil brille. Alors il attend, il ne subit pas les remous du temps, il
patiente.
Il y a quelques années, j'ai vécu l'enfer. Prisonnière de moi même,
enchainée à mon passé, les mots restaient en moi et ne voulaient plus sortir. Je me suis enfermée dans un mutisme, la souffrance, la douleur m’asphyxiait. Dormir, ne plus me réveiller, jeter
l'éponge, seul ça comptait. Le seul espoir pour m'en sortir, c'était la mort enfin me reposer, ne plus lutter. Mais j'ai croisé les yeux de ma mère qui me suppliaient de rester, "ne te ôte pas la
vie que je t'ai offert". J'étais coincée entre deux mondes, d'un côté la vie et l'amour d'une mère, et de l'autre la mort et cette faucheuse qui me tendait les bras.
Alors non pas pour moi, mais pour mes proches, j'ai livré ce combat
contre mon pire ennemi, moi même. Je me suis laissée enfermée et dans cette prison aux murs tout blancs, je devais me libérer, réapprendre à marcher, manger, boire, parler. Chaque jour, je menais
bataille réapprendre les gestes du quotidien, et chaque victoire gagnée me rapprochait de la vie :
- marcher, tenir debout, ne
pas chavirer, retrouver l'équilibre ;
- manger et boire, nourrir ce
corps meurtri, fatigué et usé ;
- s'habiller, se laver,
paraître, se montrer, affronter le regard de l'autre ;
- écouter mes compagnons de
galère et ne plus me sentir seule ;
- parler, sortir ces mots qui
résonnaient dans ma tête, vomir cette haine contre moi même, pleurer ce passé et me réconcilier.
Chaque jour, à petit pas, je
gravissais cette montagne attaché à ce filin : l'amour, pour enfin atteindre le sommet, retrouver la lumière et le goût de vivre et d'aimer.
Aujourd'hui, je veux crier : "
Que la vie est belle ! Merci maman pour tout cet amour qui m'a retenu, merci toi la faucheuse qui m'a oubliée,
merci compagnons d'infortune, merci la vie !" Alors vous comprendrez sans doute, qu'une parole, une écoute, un peu d'amour et d'amitié, ça ne coûte rien mais ça peut rapporter gros. Et que dans
la vie rien n’est jamais fini. Aujourd’hui j’aime, je l’aime et la vie sourit.
Anne
J'vous écoute ...