Le doudou
Le doudou, objet transitionnel comme disent les psychologues. Bout de chiffon, qui n'a d'importance qu'à mes yeux. Quand je n'étais qu'un nourrisson, je t'ai tripoté, maltraité, malaxé, sucé. On a essayé de nous séparer bien des fois, mais je me suis accrochée à toi. Même, ce cher père Noël n'a pas réussi à te prendre et à t'éloigner de moi. Je t'ai transporté comme un trésor précieux et tu m'as suivi. A l'adolescence, honteusement je te cachais au fond de ma poche. Et quand le doute s'emparait de moi, je te faisais tourner dans mes doigts, une manière sans doute simpliste de retrouver confiance en moi. Quand j'ai passé le baccalauréat, pas d'antisèches, mais toujours toi blotti au fond de ma poche à l'abri des regards indiscrets. Par peur du ridicule, je t'ai délaissé au fond d'un vieux tiroir. Mais en cachette, je revenais te voir, te humer, sentir un peu de cette enfance laissée derrière moi.
Tu m'as accompagné dans mes premiers pas de ma vie d'adulte, mais toujours prisonnier de ce silence. Quand mon cœur s'envolait vers une femme que j'aimais, égoïstement je te délaissais, je t'abandonnais. Mais quand mon cœur se sentait à son tour délaissé, je te serrais pour me rassurer, pour me prouver que j'existais au fond de moi.
Certains souriront en lisant ces mots. Mais je suis certaine qu'au fond de leur cœur ils ont eux aussi gardé ce doudou qui a accompagné leurs premiers pas. Aujourd'hui, j’ai 42 ans, et tu es toujours là, je n'ai nulle honte à l'avouer, tu es toujours présent, toujours fidèle, toujours là. Et quand le cœur n'est pas à rire, ni à sourire, quand la vie me bouscule et que j’ai peur de sombrer, je me tourne vers toi sans pudeur et sans peur du ridicule. Je me retourne vers ce petit coin de l’enfance où je me sentais en sécurité, petit moment de répit dans un monde où la fragilité est condamnée.
Photo de Cagnard Christophe Zyeuter.com
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